Category Archives: Conférence

Sylvie de Nerval et les genres lyriques : l’idylle, l’élégie, la satire.

Conférnce : Sylvie de Nerval et les genres lyriques : l’idylle, l’élégie, la satire.
À partir des catégories de Schiller, distinguant la « poésie naïve » et la « poésie sentimentale », nous montrerons comment le récit de Sylvie, en faisant jouer l’opposition de l’idéal et de la réalité, relève d’une poétique hybride, associant les trois genres lyriques fondamentaux que sont, selon Schiller, l’idylle (représentée par Sylvie), l’élégie (représentée par Adrienne), et la satire (portée par la voix narrative).

L’informatique de demain : de Von Neumann aux superprocesseurs

Conférence de François Anceau.

L’évolution du matériel informatique est certainement le phénomène technique qui a connu la progression la plus importante pendant ce demi-siècle. L’apparition de la microélectronique a permis, sur les trente dernières années, une augmentation de la performance des microprocesseurs par un facteur d’environ 100 000, tandis que le prix des machines informatiques était divisé par plusieurs dizaines. Sous la pression des utilisateurs, la course à la performance semble insatiable. Les concepteurs des nouvelles machines informatiques rivalisent d’ingéniosité pour arriver à exécuter les programmes de plus en plus rapidement. L’organisation interne des processeurs modernes s’apparente à des sortes de “chaînes de montage” dans lesquelles plusieurs instructions sont simultanément en exécution. Ces techniques tiennent souvent de l’acrobatie. En effet, la recherche effrénée de la vitesse de traitement incite, par exemple, à utiliser des résultats intermédiaires avant même qu’ils n’aient été élaborés, en spéculant sur la valeur qu’ils devront avoir. Cette course folle se poursuit sans qu’aucun signe de fléchissement ne se fasse sentir. On constate même actuellement une accélération de sa vitesse d’évolution. Les études prospectives laissent à penser que ce rythme va se poursuivre pendant au moins encore dix ou vingt ans.

La lumière

Conférence de Michel Blay

La lumière a constitué depuis l’Antiquité un objet central de recherche. Cependant ce n’est qu’au XVIIe siècle que les théories physiques de la lumière, c’est-à-dire l’étude de la lumière et des couleurs au sens où nous l’entendons encore aujourd’hui, connurent leur véritable essor. Nous présenterons donc tout d’abord le cadre historique, conceptuel et expérimental à l’intérieur duquel se sont constituées les théories de la lumière et des couleurs au XVIIe siècle. Nous nous attacherons ensuite à suivre à travers l’analyse des principaux phénomènes (interférence, diffraction, polarisation) les enjeux du débat entre théories ondulatoires et corpusculaires. Nous consacrerons la dernière partie aux aspects contemporains des théories de la lumière dans leur rapport avec la structure atomique et la mécanique quantique.

Entre scène et chambre: dilemmes de la représentation littéraire de Montaigne à Claude Simon

Conférence de Stéphane LOJKINE.

A partir de l’analyse d’un tableau de Pieter Lastman représentant L’ambassade du médecin Hippocrate, envoyé par les Abdéritains auprès de Démocrite devenu fou, Stéphane Lojkine tente de penser la place de la représentation littéraire, entre la philosophie (la chambre de la mélancolie de Démocrite), la rhétorique (la scène que joue Hippocrate), et l'”ecclesia” (l’espace public formé par les Abdéritains). La littérature est le ménagement de cette chambre, de cette scène et de cette ecclesia.
Elle naît en tant que représentation littéraire avec Montaigne, qui, dans “De l’amitié”, identifie ses Essais à un mur peint dont manquerait la peinture centrale : c’est la “Servitude volontaire” de La Boétie, qu’il ne publiera finalement pas, sans doute parce qu’il a été rattrapé par le politique, via la propagande protestante. A cet espace public central mais vide s’opposent les grotesques du cadre, où Montaigne installe sa méditation intérieure, et la scène des Essais, qui fait le lien entre le vide politique central et les grotesques de l’intime. De la même façon sur une fable de La Fontaine, extraite du livre VIII, “L’horoscope”, puis sur les scènes de quiproquo inversé de l’acte II du Mariage de Figaro, le conférencier montre comment la littérature utilise mais déçoit la rhétorique, la scène s’effaçant devant la chambre, ou le cabinet, le discours de l’orateur laissant place au charme mystérieux de la voix de la comtesse, le “clou” réel du tableau se substituant à celui rhétorique de la pointe. Mais c’est au XIXe siècle que la chambre triomphe de façon décisive de la scène : dans l’Education Sentimentale, la garçonnière de la rue Tronchet, que Frédéric prépare pour son rendez-vous avec Mme Arnoux, se superpose à la chambre du fils malade de Mme Arnoux, où celle-ci demeure, ratant son rendez-vous. Ce n’est pas l’ecclesia qui manque (la révolution de 1848 passe pendant l’attente de Frédéric) ; c’est la scène qui constitue désormais le vide central : le roman flaubertien annonce des scènes auxquelles il renonce. Cet effacement de la scène prépare, avec le nouveau roman de Claude Simon, la fin de l’ère de la représentation, la narration s’enroulant autour de la mort mystérieuse du capitaine de Reixach, scène originaire qui constitue elle-même un blanc, un vide, inscrit cette fois au point de départ du récit.